Jean-Louis Rech auteur et nouvelliste de passage à La Cité

Jean-Louis Rech est un prolifique auteur qui vient de publier aux Éditions Pop Fiction le roman «Mathéo et Julien». Monsieur Rech est né en France mais a vécu une dizaine d’années en Afrique. À la même époque il a séjourné au Québec et est ensuite reparti en Guyane française. Ces voyages ont d’ailleurs laissé une empreinte importante dans son écriture.
Il a à son actif dix romans et a écrit plusieurs nouvelles dans les revues Brèves, l’Encrier Renversé et Nouvelle Donne.
Monsieur Rech est pris un moment pour venir nous parler de son écriture.
D’où vous est venu ce goût pour l’écriture ?
Petit, puis adolescent, je crois que j’ai beaucoup plus lu que vécu. De là à vouloir que ma vie soit un roman… Avant même d’écrire, je me racontais des histoires. Ainsi, en marchant dans la rue, j’aimais imaginer une menace dans mon dos et j’accélérais en mimant la peur comme si une caméra filmait tout. Je n’imaginais bien sûr pas ça sans la musique de fond, comme au cinéma, cette musique qui accélère les battements de cœur. J’oubliais juste que pour les témoins de la scène, je devais passer pour passablement dérangé… Après, j’ai commencé à écrire comme un enregistrement de la vie. Il fallait préserver ce qui avait été, laisser une trace. Il faut dire que mon idée des écrivains – et je n’ai jamais rêvé être autre chose – c’était Gide ou Proust dont on conservait précieusement le moindre brouillon, le moindre billet, la moindre trace. Alors je facilitais le travail pour les futurs exégètes… Bon, d’accord, ça ne s’est pas passé comme ça !
De quelle façon vos voyages vous ont-ils influencé ?
Je n’avais rien d’un aventurier, mais à 25 ans je suis parti enseigner le Français en Afrique Noire pour échapper au service militaire en caserne. J’ai été nommé au fin fond de la brousse alors que j’avais une peur bleue des bébêtes. Résultat : j’ai tout de suite adoré le pays, les gens. Là j’ai été heureux et j’ai enfin assumé joyeusement mon homosexualité. Plus tard, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à revenir sur cette période dans Les nuits africaines qui ne sont pas strictement autobiographiques mais s’appuient sur des lieux et des personnes réelles. Je me suis même habitué aux mygales ! Après cet envol, tous mes voyages ont été des occasions merveilleuses d’exaltation avec le sentiment de vivre pleinement. Et, bien sûr, chaque fois, ça a débordé sur des textes. Si je passe vite, je ris sur une plage de Dakar, je décolle à Rome sur les traces des César, j’ai envie de m’asseoir pour pleurer dans les « chambres de Raphaël » au Vatican, giflé par trop de beau d’un coup. Il y a aussi la traversée de Kigali, au Rwanda, accroché au dos de mon moto-taxi, les lacs suisses sur ces bateaux où je me voyais dans un décor de Visconti, la démesure du Grand Canyon, le kitch de Las Végas où je jouais sur deux machines à la fois avec de grands rires.
Quels souvenirs gardez-vous de votre passage au Québec ?
Je suis venu à Montréal en novembre 2009, invité par Stéphane Vallée, mon éditeur canadien, au moment du salon du livre. Mais j’étais déjà venu plus longtemps en été, à l’époque des débuts en Afrique et ça faisait un sacré contraste. Nous étions installés dans une maison de bois au bord du lac Massawipi, près de Sherbroocke. J’ai adoré la nature et les gens. Le « tu », la jovialité, l’accueil. Je me souviens d’une remontée en voiture dans les Laurentides où, plus nous avancions, plus la taille des arbres diminuait. Je garde dans l’œil l’estuaire du Saint Laurent avec, dans la baie, en bas, un paquebot de plaisance qui semblait une miniature figée. Mais surtout une nuit dans une maison de Chicoutimi, passée à écouter la mère de famille. Elle racontait tout si savoureusement qu’on buvait ses propos en riant avec elle et on était heureux ensemble. Elle nous parlait de l’hiver canadien et du pouvoir des curés dans sa jeunesse. « Si j’avais su que ça allait tomber comme ça, ç’t-affaire, j’aurai pas fait toutes ces grimaces ! » On ne s’est couché qu’au petit matin.
En novembre, j’ai surtout fréquenté « le Village ». J’étais surpris par la nuit qui tombait dès 4 heures mais j’ai adoré la lumière qui précédait. J’ai fait beaucoup de photos. Et puis « l’Escogriffe » est un B&B plein de charme.
Parlez-nous de votre expérience de vie en Guyane française et en Afrique.
J’ai travaillé neuf ans en Afrique et huit en Guyane, toujours dans de petits bourgs de brousse. Si vous regardez une mappemonde, Cayenne est à la même latitude qu’Abidjan, sauf qu’à partir de là, la Côte d’Ivoire s’étire au nord vers les zones plus sèches, et la Guyane au sud, en pleine forêt. La Guyane, c’est grand comme la Belgique ou le Portugal avec la population d’une ville moyenne en France. On vit tous sur le littoral ou le long des fleuves. Donc j’ai adoré la nature, les paysages et les animaux. C’est là que j’ai réussi à me laisser escalader par une matoutou. C’est une mygale grande comme une assiette, très velue, noire avec le bout des pattes jaune comme si elle avait marché dans la couleur. Contact extraordinaire sur les poils de mes bras … J’ai vu aussi un guépard traverser en deux bonds la route devant moi. Depuis, j’aime toujours les chats mais je les trouve moins raffinés. C’est aussi un endroit où on peut mourir de façon originale. Pendant que j’y étais, un caïman traversant la route à Cayenne a provoqué un carambolage de plusieurs voitures. Il ne s’en est pas tiré mais les chauffeurs non plus. Un jour, une collègue est arrivée en retard au collège : elle avait été bloquée sur la piste par un anaconda qui prenait le soleil. « Je n’allais quand même pas lui rouler dessus ! » a-t-elle dit. Et puis il y a l’Histoire : les traces de l’esclavage, déjà dans la population largement noire, et les noms. Les traces du bagne aussi. Les Îles du Salut sont aujourd’hui un endroit merveilleux où l’on frissonne dans les restes des bâtiments dont on connaît le passé.
Puisque vous enseignez depuis de nombreuses années, croyez-vous que votre travail ait pu nourrir d'une quelconque manière votre écriture ?
Surtout sous les tropiques ! Il y a toujours eu dans les classes quelques garçons qui me touchaient particulièrement. Alors, pour eux je devenais effervescent. J’essayais de leur rendre agréable l’étude des textes que j’aimais et souvent je les ai utilisés dans les miens. Attention ! Je n’ai jamais eu de goûts pédophiles. Le plus souvent j’ai eu affaire à des élèves de troisième, c'est-à-dire des garçons qui, en Afrique où je suis arrivé à 25 ans, avaient mon âge. Au moins 18 ans. En écrivant, j’ai forcé le trait, bien sûr. Je ne les mis dans mon lit que sur le papier. Je crois d’ailleurs que ce goût des Noirs m’est venu très tôt. À 9 ans, je suis parti tout fier à la librairie acheter seul le premier livre que je choisissais moi-même. C’était une version illustrée de La case de l’oncle Tom. Tous les jeunes esclaves avaient de longs corps déliés juste habillés d’une sorte de pantalons déchirés sous les genoux et ajustés comme une autre peau. Je les ai encore dans l’œil. Des années après, en Guyane, j’ai retrouvé la version intégrale de ce livre et j’ai eu la curiosité de le relire, sûr cette fois qu’il me tomberait des doigts, connaissant un peu l’histoire de l’auteur, une puritaine des plus virulentes. Pas du tout ! Je lisais en revoyant les illustrations de mon enfance et j’ai pleuré avec autant de cœur sur les mêmes pages.
Quelles furent vos influences littéraires ?
Adolescent, j’avais trois héros en littérature : l’Idiot de Dostoïevski, Lorenzaccio de Musset et Don Quichotte de Cervantès. Ça situe ! J’adorais – et ça dure – ces variantes de Jésus ratés qui fonçaient dans le mur, la tête haute. Puis je me suis davantage identifié aux auteurs dont la voix me touchait. Je crois que j’ai vécu des moments très forts, allongé sur un canapé, en lisant avec des temps d’émotion, de rire ou de larmes. Dieu, pour moi, c’est Proust. Chaque fois que je replonge dans ses pages, j’ai l’impression qu’il décortique quelque chose de moi que je n’ai jamais su formuler. Peut-être est-ce à cause de lui que mes phrases ont une tendance naturelle à l’étirement. J’ai aussi une tendresse toute particulière pour Françoise Sagan à qui j’aurais souvent aimé ressembler. J’aime Mauriac, Montherlant, Jouhandeau… Cela fait beaucoup d’homosexuels si l’on y regarde de près, mais des compliqués. Et je crois que leur lutte intérieure entre leurs pulsions profondes et la société dans laquelle ils voulaient s’insérer explique le développement particulièrement aigu de leur sensibilité, ce qui me fait nager dans leurs pages comme dans un bain en famille. Enfin des frères ! Frères en complication ! Jouhandeau, j’ai eu le plaisir de correspondre avec lui pendant deux ans et de le voir chez lui. Là, j’étais en adoration. C’était mon grand-père de rêve. L’avantage, aujourd’hui encore, c’est que si je le lis, son texte résonne dans ma tête avec sa voix qui était d’une subtilité délicieuse. Je ne peux pas lire ces auteurs sans les imaginer pouffant derrière leur main en bâillon au moment où ils avaient telle ou telle audace d’écriture… Mais je n’aime pas que les écrivains homosexuels et narcissiques. À Montréal, l’hiver dernier, j’ai découvert Michel Tremblay dont sortait La traversée des sentiments. Depuis j’ai lu les deux autres volumes de la série et j’aime cette peinture de générations ancrées sur d’immenses territoires dont l’Europe ne donne pas d’exemple.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
J’écris un roman érotique situé à Marrakech. Denis partage à Toulouse un logement d’étudiant avec son ami Jlil, un Marocain. Il est invité chez lui à l’occasion d’un mariage dans la famille. Il n’a jamais voyagé, il découvre le Maghreb, et ce jeune étranger blond aux yeux clairs va faire là l’expérience d’un défoulement sexuel dont il ne se serait pas cru capable, au point de se faire peur et de craindre que son ami se détourne de lui avec dégoût.
- 08/04/2010 19:26 - Goût de foudre
- 08/04/2010 19:24 - Esprit au bout des doigts (L')
- 08/04/2010 19:04 - Mathéo et Julien
- 23/03/2010 18:20 - Nuits africaines (Les)
- 23/03/2010 18:16 - Deux plaisirs imprévus
- 05/08/2009 12:43 - Eux dans l'eau
- 16/04/2008 09:07 - Joies de la ressemblance (Les)
Se connecter
Qui est en ligne?
| 389 usager(s) en ligne 2 membre(s) et 387 invité(s) |
Bonne fête...!!!
- babyxxx (22)
- catherine23 (25)
- chantou (35)
- Dondedom75 (49)
- jackcool (37)
- josbine (51)
- julnjf4fun (41)
- mbi89 (33)
- miss2007 (23)
- Nathanael75 (29)
- nicegirl12 (27)
- SweetMary88 (25)
- baby6934 (27)(09.02.)
- BELLEGOSSE (32)(09.02.)
- curieux10 (52)(09.02.)
- frangipanier (41)(09.02.)
- gonche26 (31)(09.02.)
- Heiress (25)(09.02.)
- issis (27)(09.02.)
- jeunecouple2225 (27)(09.02.)
- Lydie (39)(09.02.)
- melody (24)(09.02.)
- mouffe (49)(09.02.)
- nous720 (31)(09.02.)
- osmose (42)(09.02.)
- patetsyndie (45)(09.02.)
- paupau (22)(09.02.)
- sandra (25)(09.02.)
- Saphire (22)(09.02.)
- seb (35)(09.02.)
- terrboy (45)(09.02.)
- terry (54)(09.02.)
- capucin59 (42)(10.02.)
- cawo564 (25)(10.02.)
- Cherryblossom69 (26)(10.02.)
- cookie78 (72)(10.02.)
- esperanza (48)(10.02.)
- gaklechat (32)(10.02.)
- kingpoker (34)(10.02.)
- moimeme111 (48)(10.02.)
- nydut (40)(10.02.)
- petitedemone (31)(10.02.)
- tite_pucee (28)(10.02.)
- willow (25)(10.02.)
- xagony (21)(10.02.)

