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Entrevue avec Christophe Lucquin

Christophe Lucquin est né à l’île de la réunion. Actuellement il réside et travaille à Paris. Le travail de son père l’a amené a passé son enfance en Guyane, à Saint-Pierre et à St-Pierre et Miquelon pour finalement s’arrêter à Niort. Il a fait des études de droit, de langues et d’anthropologie à Poitiers, Montpellier et Madrid. Il a séjournée pendant trois ans en Espagne où il a rencontré son compagnon actuel. Il en a d’ailleurs fait un des personnages principaux de son livre autobiographique «Le Cœur de Pierre», son premier roman, paru en 2009 aux éditions Pop Fiction.

 


Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire votre premier roman ?

En fait je ne me suis pas dit un jour : «il faut que tu écrives un roman». Depuis toujours j’aime les mots, les phrases et j’ai découvert en grandissant qu’avec les mots on pouvait exprimer ce que l’on ressent au plus profond de soi. Un jour j’ai tapé sur mon ordinateur quelques lignes pour exprimer mes sentiments du moment et voilà comment ça a commencé. Parfois je reprenais, mais des jours et des semaines pouvaient passer avant que je n’écrive à nouveau. Un jour j’ai pris contact avec une association littéraire à qui il arrivait parfois de publier des textes gays. Quelques semaines plus tard j’ai reçu un email avec en pièce jointe un avis de lecture rédigé par les deux lecteurs de l’association. Ils disaient : «Monsieur Lucquin a raison d’écrire et doit continuer à écrire». Ça a été le déclic. J’ai donc décidé de donner un sens à tout ça et de continuer. Quand le texte m’a paru terminé, je me suis dit «pourquoi ne pas l’envoyer à un éditeur québécois ?». J’ai eu connaissance des éditions Pop Fiction à qui j’ai envoyé mon manuscrit. L’éditeur m’a fait savoir qu’il voulait le publier et voilà comment ça a commencé...

Jusque dans quelle mesure votre roman «Le cœur de Pierre» est –il autobiographique ?

Dans «Le cœur de Pierre» on retrouve beaucoup de choses de mon histoire personnelle réelle mais le tout flirte aussi avec la fiction, c’est de l’autofiction certes mais pas une pure autobiographie. Certaines choses sont purement inventées, elles sortent de mon imaginaire. J’ai fait un mix de tout cela. Le but n’était pas d’écrire mon histoire et de la proposer aux lecteurs, ce qui était important pour moi c’était que le lecteur de ce texte ressente des choses, ait une réaction, positive ou négative (je pense que certains peuvent se retrouver dans ce roman, et d’autres peuvent rejeter totalement son contenu). Je voulais que le lecteur vive mon texte. Je voulais partager des émotions avec eux.

Le personnage central de votre roman a une relation sexuelle avec une fille. Cet épisode s’inscrit-il dans le flot de ses questionnements et si oui de quelle manière ?

Oui le protagoniste de l’histoire, Pierre a effectivement une relation sexuelle avec une fille, d’ailleurs ce ne sera pas la seule et unique, enfin c’est ce qui est laissé sous entendu. Il ne s’agit pas d’un questionnement du genre : suis-je bien ce que je suis, suis-je sûr d’être gay ? ou quelque chose du genre mais de quelque chose de bien plus simple : il s’agit d’attirance sexuelle mutuelle. Si Pierre a une relation sexuelle avec cette fille c’est parce qu’il y a envie des deux côtés, il n’y a aucun questionnement. Lui a envie d’elle, elle, envie de lui alors ils font l’amour ensemble. C’est le partage d’un plaisir.

Pierre est gay et avec cette amie en particulier il lui arrive de «baiser» parce qu’elle l’attire et aussi peut-être et sûrement parce que tous deux aussi bien elle que lui aiment le sexe.

Je pense que lorsqu’on aime le sexe on peut ne pas se limiter à un sexe en particulier.

J’ai tendance à dire que je suis moi-même homosexuel ascendant hétérosexuel. J’ai besoin d’aimer un homme, c’est tout de même ma préférence. Mais je peux effectivement me laisser tenter par une femme qui m’attire. Ca ne s’est produit qu’une fois, ce n’est pas dans mon habitude de vie, mais je ne rejette pas du tout le sexe féminin comme le font certains en adoptant leur mine de dégoûté (sourire).

Votre écriture vise-t-elle à exorciser, à lancer un message ou simplement à raconter un quotidien ?

Pour «Le Cœur de Pierre» c’était plus un exorcisme qu’autre chose. Je n’ai pas eu la prétention de lancer un message. Le but étant toujours, je le répète, de pouvoir partager avec le lecteur des sentiments, des émotions, des pleurs, des rires peut-être. Je suis quelqu’un qui a énormément besoin de l’autre, de sa présence. Je suis timide et renfermé au premier abord mais l’autre, les autres sont très importants pour moi mais je me livre lentement et qu’avec les personnes avec qui je sens une connexion totale.

Y a-t-il des auteurs de romans qui vont ont plus particulièrement marqué ?

Beaucoup m’ont touché. À partir du moment où à la lecture d’un texte je ressens des choses, je vis l’histoire, j’arrive à toucher, à sentir une odeur, à pleurer, à avoir les poils qui se hérissent sur les bras, à voir les couleurs, à imaginer les endroits où se déroule les événements je suis conquis et marqué.

Un texte qui n’est que bien écrit et n’évoque aucune émotion chez moi ne m’inspire rien du tout. Pour moi il ne suffit pas d’écrire une histoire, il faut savoir attraper le lecteur et l’embarquer le plus loin possible…

Avez-vous des projets de nouveaux romans en cours ?

Oui je viens de terminer mon second roman qui a pour titre «Je suis talentueux». Nous allons entamer avec mon éditeur le travail de révision du texte. Il est prévu qu’il sorte à l’automne, en septembre ou octobre.

Je suis aussi en train de mettre en ordre toutes les idées que j’ai en tête pour démarrer un autre roman. Il y a quelque chose d’assez terrible, c’est que quand on a commencé on ne peut s’arrêter ! Ça contribue à donner du sens à la vie. Aujourd’hui ma grande crainte c’est de ne pas être capable d’écrire une nouvelle histoire, de ne pas pouvoir créer. Créer c’est vital pour moi.

Pensez-vous toucher éventuellement à d'autres formes littéraires comme la poésie ?

Je ne toucherai jamais à la poésie. Il y a eu dans l’histoire de trop grands poètes. C’est peut-être idiot mais je pense que ce genre n’est plus exploitable. J’ai tendance à le rapprocher d’une autre forme d’art, le moderne. Je ne rejette pas l’art moderne mais la multitude des travaux proposés et que l’on trouve exposés. Pour moi suspendre des spaghettis ou mettre au milieu d’une salle gigantesque une feuille d’arbre ou de papier et de qualifier de telles installations d’œuvres artistiques me paraît vraiment inconcevable. Et parfois je trouve que ceux qui s’essaient à la poésie – qui se qualifient eux-mêmes de poètes – n’apportent pas grand-chose. L’héritage est trop lourd pour qu’ils soient à la hauteur.
On peut trouver le style d’un auteur de roman ou de nouvelle poétique, être poétique sans aucune volonté de faire de la poésie, c’est ça qui prime pour moi. Je trouve ça authentique.

En revanche je ne suis pas fermé à un autre genre littéraire comme le théâtre par exemple…Mais on verra bien…


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