Entretien sans détours avec Olivia Bonnamour
Olivia Bonnamour est née à Paris en 1982. Une fois son baccalauréat littéraire obtenu elle s’inscrit en Faculté de Droit mais change très vite d’orientation et obtient un DEUG d’anglais.
Elle décide par la suite de s’inscrire à des cours de théâtre donnés seulement en anglais. Ces cours étaient axés sur le jeu face à la caméra. L’année suivante elle travaille dans une boîte de production et co-écris L’encyclopédie du cinéma de Hong Kong qui sera publié en 2006 deux ans après sa rédaction.
En 2005 elle est embauchée par une banque mais réalise rapidement que ce genre de travail ne lui convient pas et décide alors de se concentrer sur sa passion pour l’image et l’écriture.
Elle sera tour à tour modèle, et écrivaine.
En mai dernier elle sortait son premier roman «Détour…»
(Photo : Sandrine Sauveur)
Entrevue :
Vous avez touché le droit, le théâtre, le travail clérical, la photographie etc... On pourrait dire que vous êtes une touche-à-tout. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire un roman ?
J’ai effectivement eu la chance d’explorer très tôt différents domaines concernant le monde du travail, systématiquement je me suis recentrée vers le milieu artistique. J’ai toujours beaucoup aimé créer des univers et donner vie à des personnages. C’est pourquoi j’ai eu plaisir à faire du théâtre et à poser pour différents photographes. Cependant ces deux sphères ne m’ont pas entièrement comblée contrairement à l’écriture qui confère une totale liberté artistique. Par le biais de l’écriture je suis apte à donner libre cours à mon imagination et à explorer en profondeur la psychologie des êtres qui naissent de mon esprit.
Ce penchant pour l’écriture remonte au lycée, où je mettais déjà par écrit certaines de mes pensées. Passionnée avant tout de cinéma, je m’amusais à l’université à rédiger de courts scénarios. J’ai ensuite coécrit l’Encyclopédie du Cinéma de Hong Kong qui m’a permis d’allier mon affection pour un cinéma bien précis à celui de l’écriture. Par la suite j’ai voulu me concentrer sur un projet littéraire plus personnel d’où l’idée de Détours….
Pourquoi avoir choisi le sado-masochisme comme thème central ?
Le sado-masochisme fait parti des thèmes qui m’intéressent, notamment dans sa manière d’être traité et présenté d’un point de vue culturel. Je considère qu’une certaine beauté émane de ce milieu. Notamment dans la photographie, je pourrais citer les travaux de photographes tels qu’Araki, Nan Goldin, Ellen Von Unwerth, Christophe Mourthé, Terry Richardson et Robert Mapplethorpe Malheureusement ce thème est parfois vulgarisé et peut tomber dans le ridicule, ce que j’ai absolument cherché à éviter. J’ai visé une certaine esthétique et me suis davantage rapprochée de la photographie d’Helmut Newton pour peindre divers passages du roman. En terme d’influence cinématographique je pourrais évoquer « Belle de Jour » de Luis Buñuel, « Blue Velvet » de David Lynch, « Crash » de Steven Soderbergh ou plus récemment « La Secrétaire » de Steven Shainberg. Ainsi j’ai voulu étudier la soumission, la résignation et l’humiliation dans une quête du plaisir à travers le personnage d’une jeune femme qui se retrouve malgré elle enfermée dans un monde de luxure où seuls les vices et la perversion triomphent. le sado-masochisme ne sert finalement que de toile de fond au roman car c’est avant tout la névrose et la paranoïa du personnage d’Héléna ainsi que le basculement dans un milieu qui lui est hostile que j’ai surtout souhaité étudier.
Jusque dans quelle mesure votre roman est-il autobiographique ?
Détours… est essentiellement une fiction. Comme je l’ai mentionné précédemment c’est l’analyse psychologique de l’héroïne qui m’a le plus intéressé d’explorer. J’ai effectivement des points communs, dans mon caractère et ma façon d’être, avec Claudia et Héléna. Cependant il ne m’est jamais arrivé de me trouver dans des situations où j’aurais pu perdre le contrôle comme tel en a été le cas pour Hélena. Ainsi je n’ai pas vécu tous les passages érotiques présentés dans le roman, je me suis largement inspirée de mon expérience personnelle pour certains d’entres eux puis de mes fantasmes pour d’autres. Pour le reste j’ai su faire appel à mon imagination afin de guider le lecteur dans un monde sans interdits.
Aviez-vous prévu dès le départ que ce dernier serait illustré ?
J’ai écrit Détours… avec l’intention d’en faire un roman illustré dès le départ. En effet, j’ai toujours suivi le travail de l’illustrateur Marsorama que je connais depuis près de dix ans. J’apprécie énormément la qualité de ces illustrations et je lui ai proposé un jour, par pur hasard, de rédiger de courts textes afin d’accompagner ses dessins. Il a accepté, les lecteurs ont été séduits par cette idée et certaines personnes sont venues me demander où l’on pouvait me lire, de là est née l’idée d’écrire un roman et de mêler mon univers à celui de Marsorama. Une fois le roman achevé je lui ai demandé de me dessiner une vingtaine d’illustrations. J’avais en tête des scènes bien précises, je lui ai ainsi transmis la vision que j’en avais, la manière dont je souhaitais qu’elles soient dessinées et sous quels angles. Le rendu est tout simplement remarquable et totalement fidèle à l’image que je m’étais faite.
Votre roman s’inscrit-il dans l'attrait actuel des jeunes plus particulièrement vers les sexualités alternatives ?
Je pense tout à fait que Détours… puisse entre autre séduire les jeunes. En effet, lorsque l’on commence à acquérir une certaine expérience sexuelle on est amené à se poser plusieurs questions sur le sujet et la curiosité de chacun est naturellement attisée. Détours… devrait ainsi satisfaire cette curiosité notamment lorsque celle-ci porte sur les thèmes de la bisexualité, de l’homosexualité, des divers jeux et pratiques sexuels mais avant tout sur le plaisir et la manière que chacun a de percevoir et de comprendre ses désirs. La notion de la perte de contrôle est largement traitée au sein du roman soulevant ainsi une question cruciale, jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour assouvir nos pulsions, quels en sont les limites et les enjeux ?
C’est pour cela que j’ai autant développé le côté psychologique et les tourments de l’héroïne, en proie à de multiples interrogations, permettant ainsi à chacun d’entre nous de s’identifier au personnage.
Quels sont les prochains projets sur lesquels vous comptez plancher de côté écriture ou autre? Avez-vous d’autres projets de romans en tête ?
J’ai parlé à Marsorama d’une nouvelle collaboration, nous avons ainsi conclu de nous atteler une seconde fois à un autre projet. Il s’agira très certainement de nouvelles illustrées.
De mon côté j’ai de nombreux projets littéraires en tête. Je viens d’entamer la rédaction de mon second roman, un travail très ambitieux puisqu’il y aura davantage de personnages avec plusieurs intrigues qui s’entremêlent. Je souhaite aborder divers genres sur des tons différents. Il s’agit d’un véritable exercice de style. Bien entendu mes thèmes les plus chers seront présents mais étant donné que je refuse de m’enfermer dans un style j’ai l’intention d’ouvrir la voie sur des univers disparates…

