Véronique Bréger, prolifique auteure de romans lesbiens, s’entretient avec La Cité Bisexuelle

veronique bregerVéronique Bréger est originaire de Limoges dans le centre ouest de la France. Elle y a vu le jour en 1963.

Autodidacte, elle se découvre très tôt une passion pour les héros de la mythologie grecque. Elle fera d’ailleurs plusieurs voyages en Grèce où elle y développera d’extraordinaires amitiés. Elle habite présentement près de Paris où elle concilie son travail dans une grande entreprise française avec l’écriture de romans.

Son enfance, elle l’a vécue dans des mondes imaginaires. C’est à ce moment qu’elle a commencé à dessiner et à écrire. Son passage à l’adolescence lui fit découvrir que les adultes ne comprenaient rien et que les princes charmants ne l’intéressaient pas.

Après une tentative aux Beaux-Arts elle complètera des études en techniques de commercialisation. Armée de son diplôme elle sillonnera les routes de France pour finalement  se retrouver à Paris.

Une fois ses bagages posés, elle a redécouvert ses parchemins, ses brides de récits, ses histoires inachevées et ses gribouillages et s’est lancé le défi d’écrire un roman. Champ, Contrechamp en naîtra.

Véronique Bréger a accepté avec gentillesse de répondre à nos questions.

Entrevue :

Les thèmes abordés dans chacun de vos romans sont diamétralement opposés. Est-ce intentionnel et pourquoi ?

Ce ne sont pas les thèmes de mes histoires qui sont opposés, mais plutôt les genres que j’utilise pour les mettre en valeur qui sont différents. Ainsi, il peut être question de rencontre que l’on soit dans une romance, un polar, un roman d’aventure, de science fiction ou encore un thriller.

Explorer divers genres permet par ailleurs de s’ouvrir à de nouvelles perspectives. En ce qui me concerne, je n’aime pas écrire toujours dans le même registre. Il y a des périodes où je me sens mieux dans une romance, d’autre où ce sera plutôt polar ou science fiction. Je travaille, en général, sur deux projets à la fois. Suivant s’il y a des recherches à faire et jusqu’à ce que l’écriture de l’un prenne le pas sur l’autre. Je stocke beaucoup les idées et je me focalise sur celles que je choisis de mener à leur terme.

Pour revenir à la question, je n’ai pas envie d’être une auteure que l’on classe dans une case, cela correspond à ma nature éclectique. Tant pis si je commence beaucoup et que je finis peu.

Je suis d’une génération à laquelle il a manqué, d’une part des livres avec des lesbiennes dedans et d’autre part des livres avec des lesbiennes en tous genres, policière, cheffe d’entreprise, aventurière, comptable, pirate, chevalière, pilote de F1, chirurgienne, etc… c’est aussi pour cela que j’aime écrire tous les genres.

Dans «Champs contrechamps» vous décrivez le rapprochement de deux femmes, une lesbienne et l’autre hétéro. Selon vous l’amour est-il plus une question d’affinités que de sexe à proprement parler ?

D’instinct, je dirai que l’amour n’a pas de sexe. Que tout est histoire de rencontre, de contexte, d’opportunité, etc…

Je crois que l’on sait tout de suite ce que l’on sera. Le problème réside dans notre capacité à nous extraire du contexte dans lequel on nous plonge à la naissance. Il est plus difficile pour certaines/certains de retirer le filtre, de lever le voile qui fait écran (notre éducation, le poids de la société…) entre ce que nous sommes, ce que sont les autres et comment nous avons envie de vivre pour être réellement nous-mêmes.

La différence, n’est jamais la voie la plus facile…

L’illustration semble prendre graduellement sa place dans vos livres. Songez-vous éventuellement produire une histoire sous forme d’album illustré ?

Depuis Kilomètre 24, je dessine en parallèle de l’écriture de chacune de mes histoires. Chronologiquement, je dessinais avant d’écrire. C’est aussi une façon de faire une pause tout en prolongeant le contexte de l’histoire. Quand je n’ai pas envie d’écrire, je reste dans l’imaginaire par le biais des illustrations.

Pour autant, travailler sur un roman graphique – c’est l’appellation à la mode en ce moment – ne fait pas partie de mes chantiers à court terme. Le temps que je consacre à l’écriture est déjà trop réduit pour en plus y rajouter un véritable travail d’illustration. Une simple planche avec par exemple un personnage et un décor, c’est environ huit à dix heures avant un résultat correct.

J’avais commencé avec un début de chapitre illustré pour Kilomètre 24, j’ai continué sur En souvenir de demain. C’était à ce niveau, assez basique. Pour aller plus loin il faut aussi que la maison d’édition soit d’accord. L’insertion de planches au milieu d’un texte demande des aménagements particuliers.

Cela ne me freine pas malgré tout et on peut retrouver les illustrations réalisées pour A titre provisoire et pour Open space sur mon site Internet.

Concernant les deux prochaines parutions 2009, Les Chroniques d’Ouranos en Juin chez Adventice Éditions et La nuit des Orpailleurs en Octobre chez Les Ardents Éditeurs, il est possible que les planches réalisées à l’occasion de l’écriture de ces romans soient intégrées au texte. Rien n’est encore certain pour l’instant.

Dans le roman «À titre provisoire» vous touchez le domaine du polar. D’où vous est venu le goût pour ce genre ?

Sans hésitation, de mes deux premières références littéraires d’enfance. Le club des cinq d’Enid Blyton et les enquêtes des Sœurs Parker de Caroline Quine.

J’adorais le coté mystère et suspense… les personnages ordinaires dans des situations extraordinaires.

Je lis en moyenne une vingtaine de polar et/ou thrillers par an. Mes références ont évoluées ;-) si je devais n’en citer que deux ce serait, Frédéric H. Fajardie et Fred Vargas. Deux auteurs qui abordent le genre de manière très différente.

Le polar est un genre exigeant et minutieux. Il faut tenir la main du lecteur, l’embarquer avec soi, le mettre sur les vraies et fausses pistes puis le lâcher afin qu’il mène sa propre enquête dans l’enquête, qu’il suive sa voie sans pour autant s’éloigner de celle qui est proposée. Pour ma part, j’aime être surprise… Je me suis essayée à ce genre en espérant être fidèle à ce que j’aime.

J’ai reçu de nombreux courriers de lectrices / lecteurs ayant apprécié A titre provisoire. A l’occasion des 10 ans de KTM Éditions, j’ai amorcé ce qui pourrait être le début d’une suite.

C’est assurément un genre dans lequel je vais poursuivre mes investigations. D’ailleurs, La nuit des orpailleurs dont je parlais ci-dessus est un polar/suspense.

En 2008 à l’occasion du 10e anniversaire de KTM, votre éditeur, on vous a demandé de participer à une œuvre collective à partir d’un thème que vous a suggéré votre éditrice. Pouvez-vous nous parler de cette aventure ?

Les auteures de KTM Éditions ont toutes reçu la même consigne. Il s’agissait de nous réunir virtuellement sur un bateau de croisière sur la Seine. Chaque auteure devait embarquer une ou plusieurs de ses héroïnes (personnages ayant évolué dans les précédents romans) dans l’aventure et raconter une histoire.

Nous avions une trame ou bible commune. Pas question de faire un recueil de nouvelles sur un thème, mais plutôt d’utiliser un lieu en commun. Isabelle Le Coz notre éditrice nous a communiqué une longueur du texte (nombre de signes à ne pas dépasser), un décor (bords de Seine, bateau), des photos du personnel de bord (hôtesses d’accueil, matelots, commandant, etc…), un timing de départ et de retour et un évènement qui survenait pendant la croisière. Évènement que l’on choisissait d’utiliser ou pas. Ensuite, charge à chacune d’entre-nous de tisser sa propre toile et de permettre aux lectrices de retrouver nos personnages dans ce contexte.

Écrire d’après consigne est à la fois contraignant et intéressant. C’est un exercice qui oblige à structurer le texte afin qu’il entre dans une «norme» tout en trouvant son espace personnel. Pas évident mais très formateur.
 
Comment conciliez-vous votre travail dans une grande entreprise avec celui de l’auteur ?

C’est une gymnastique de funambule sur deux cordes. D’une part un job à plein temps et croyez-moi il ne faut pas croire tout ce que l’on raconte sur les 35 heures (mes semaines professionnelles font souvent plus du double). D’autre part une passion qui est aussi un vrai travail.

Si mon travail d’auteure me permettait une indépendance financière, j’aurai depuis longtemps fait le choix. De là à dire que mon job «officiel» est un job alimentaire, ce n’est pas non plus le cas. J’ai la chance d’avoir un travail intéressant, enrichissant et correctement rémunéré.

Je vivrais moins bien sans l’écriture et on ne peut pas vivre sans un minimum d’argent… en conséquence, je fais comme tout le monde, je m’organise et je trouve des solutions. En semaine, je consacre environ une heure par jour à l’écriture. Samedi et Dimanche c’est variable, de trois à cinq heures. Pendant les vacances, j’essaye de tenir un rythme de quatre heures par jour. L’avantage étant que je suis capable d’écrire n’importe où, même s’il y a du monde autour de moi. Écrire fait partie de mon mode de vie, donc à l’image du caméléon, je m’adapte à l’environnement dans lequel je me trouve.

Ce genre de fonctionnement complexifie forcément chaque chantier d’écriture. Je ne peux pas toujours m’immerger comme il serait souhaitable de le faire dans l’histoire. Aussi, je travaille par étapes et souvent de manière peu conventionnelle par rapport à un auteur dont c’est le métier principal.

Votre roman «Open space» qui se situe dans une grande entreprise tire-t-il justement son inspiration de ce que vous vivez tous les jours au travail ?

L’environnement présent dans Open space est effectivement très proche de mon quotidien. Plusieurs des situations décrites sur le monde du travail sont directement issues de situations similaires ou vécues. J’avais envie depuis longtemps de montrer un peu ce qui se passe à l’intérieur d’une grande entreprise. C’était le prétexte pour décrire l’ambiance des Open space, d’aborder les relations entre collègues, expliquer divers fonctionnements.

Le plus dur pour moi dans ce projet était d’écrire pendant mes vacances, j’avais l’impression d’être tout le temps au boulot.

Parmi la foule d’histoire qui demeurent encore inachevées dans vos tiroirs la bisexualité est-elle un thème que vous avez déjà songé aborder ?

La bisexualité en tant que thème à part entière, non. Un personnage bisexuel qui soit un des personnages principaux, oui. L’héroïne du roman actuellement en chantier est bisexuelle. C’est un roman destiné à un public élargi, c’est-à-dire pas simplement lesbien. L’histoire ne tourne pas autour du fait que l’héroïne soit bisexuelle pour autant, on partagera avec elle des situations qui impliqueront directement sa bisexualité.    
 
Sur votre site Internet, vous annoncez trois parutions en 2009, c’est une année exceptionnelle !

Disons plutôt que l’auteur ne choisit pas les dates de parution de ses romans. Du coup, trois romans pour une année cela peut paraître beaucoup. C’est le dernier écrit, Open Space chez KTM Éditions, qui est sorti en premier.

Les Chroniques d’Ouranos, à paraître début Juin chez Adventice Éditions étaient initialement prévues en 2008 chez un autre éditeur. Quant à La nuit des orpailleurs chez Les Ardents Éditeurs, elle était bien programmée sur 2009.

Cela donne une actualité très diverse, il y en a pour tous les goûts. Ces trois romans nous ramènent à la synthèse de votre première question. Et, ce n’est sans doute pas un hasard, ils se retrouvent tous sur une même année.

Bibliographie de Véronique Bréger :

Champ, contrechamp
Kilomètre 24
En souvenir de demain
À titre provisoire
10 ans, ça se fête !
Open space
Les Chroniques d’Ouranos
La nuit des orpailleurs

Vous pouvez accéder à son site web personnel en cliquant ICI.


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